Marc Beaugé : les vêtements sont une armure

Marc Beaugé, vous l’avez vu, lu, entendu sur la mode masculine. Au GQ, il animait la “Style Academy”. Il tient maintenant chronique dans M, le magazine du Monde, et dans Quotidien sur TMC, mais il est également rédacteur en chef du magazine Society. Il a aussi une marque de chapeaux Larose. Son goût pour la mode est venu par la musique, et par son intérêt pour les mouvements de jeunesse, mods, punks, rockers... C’est peut-être par héritage, aussi, qu’il aime la mode, son arrière-grand-père, Georges Pasquier, était tailleur. Il nous montre d’ailleurs une photo de la griffe que celui-ci utilisait dans les costumes qu’il confectionnait…


Qui est Marc Beaugé ?

Je me lève souvent tôt, autour de 5 heures du matin. Il y a toujours quelque chose à faire, un texte à lire, à relire, un mail à faire, un SMS… Il y a Society, le M, la télé. Et puis Larose. Mais le plus important ce sont mes deux enfants. Bientôt trois! Je ne porte jamais de noir. Le noir équivaut souvent au niveau zéro de la réflexion vestimentaire. Ou alors c’est la couleur de la cérémonie. Comme j’ai la chance de n’assister qu’à très peu de cérémonies, et encore moins d’enterrements, je m’en passe très bien. J’ai pas mal de névroses vestimentaires de ce genre... Je suis aussi un immense supporter de Manchester United. J’ai vu mon tout premier match de foot là bas. Maintenant, j’y emmène régulièrement mon fils. Manchester, le foot, l’Angleterre, c’est une passion d’enfance qui s’attarde. D’un point de vue plus personnel, je ne bois pas d’alcool et je ne sais pas cuisiner. Je sors très peu. On peut décemment dire que je suis extrêmement chiant.


Vous êtes différent quand vous êtes chez vous ?

En terme de style ? Je suis très peu ou très mal habillé. Je me laisse aller. Le vêtement, pour moi, c’est beaucoup une façon de renvoyer une image, de cultiver la confiance en soin. S’habiller, c’est forcément une façon de cacher ses complexes. Quand on est bien foutu, qu’on s’aime, on fait moins d’effort, on peut tout porter. Forcément, on porte n’importe quoi. Quand on complexe, on feinte, on ruse. Et on y consacre beaucoup d’attention.


Vous aimez ce personnage de Dr Mode ?

Je regarde tout ça avec humour, et distance. Ce ne sont que des vêtements. Mais le sujet m’intéresse car il dit quelque chose des mœurs, de l’histoire, de la sociologie. J’essaie de faire passer quelques notions de style, au fil des chroniques, mais j’aime bien que des faits précis étayent ce que je raconte.


Qui est Marc Beaugé ?
Pouvez-vous nous raconter une anecdote amusante sur vous ?

Pouvez-vous nous raconter une anecdote amusante sur vous ?

Amusante, je ne sais pas. Ridicule, certainement. À 18 ans j’ai rencontré une fille, j’étais très amoureux d’elle. Bien sûr, je pensais que c’était la femme de ma vie, alors on s’est fait tatouer, tous les deux le même tatouage, nos initiales. Deux mois après on était séparés. J’ai toujours le tatouage. D’ailleurs, on ne le dira jamais assez aux jeunes : pas de tatouage !


Quel type de silhouette aimez-vous ?

J’adore l’élégance des vieux messieurs, les silhouettes de grand-père, le pull col en V avec une chemise et un pantalon en flanelle le dimanche. Je n’ai pas vraiment d’intérêt, ou de goût, pour le pur vêtement de mode, ou le vêtement très moderne, le look “Kanye West”. L’extravagance vestimentaire, outrancière me parle très peu. J’aime l’élégance classique, dans son époque bien sûr, mais classique.


Comment vous vous habilliez quand vous étiez ado ?

Je m’habillais de façon très ordinaire, la mode ne m’intéressait pas beaucoup. Même si j’ai le souvenir d’une paire de chaussures à boucles que j’avais forcé mes parents à m’acheter à 6 ou 7 ans... Je me revois expliquer à mes parents que je ne jouerais pas au foot avec, que je ferais attention… Mais n’est qu’à 16-17 ans que j’ai vraiment commencé à teindre des choses, à aller aux Halles… Plus tard, j’ai une période « casual », puis une période « mods ». Les mouvements de jeunesse anglais m’ont toujours beaucoup attiré.


Où vous habillez-vous ?

Uniquement en ligne, je déteste le shopping. Je m’achète toujours la même chose en plusieurs exemplaires. J’ai 6 ou 7 pantalons beiges (NDLR : ce qu’il porte le jour de l’interview), j’ai le même en vert, en bleu marine, j’ai toute une gamme de polos, de t-shirts American Apparel. Je me fais faire deux costumes par an, j’en ai 5-6. Et tous mes vêtements sont retouchés, repris d’une manière ou d’une autre, la taille, l’emmanchure, la longueur... On appelle ça des névroses, non ? (rires)


Quelle est la première belle pièce que vous vous êtes achetée ?

Un imperméable très rigide Mackintosh avec un effet laine, tissu Loro Piana, ça m’avait coûté beaucoup trop cher, chez l’Eclaireur dans le Marais. Je le mets toujours beaucoup aujourd’hui…


Est-ce que vous savez tricoter, coudre, faire un ourlet ?

Pas du tout. Je suis très peu manuel en réalité. Bricoler, cuisiner, coudre... Je suis nul. Du coup, je développe des relations très fortes avec mes retoucheurs. En ce moment, c’est un couple de Grecs. Je vais les voir plusieurs fois par semaines. Ils veulent m’inviter en Grèce en vacances. Ils sont charmants. Comment vais je faire quand ils partiront à la retraite ?


Est-ce que vous vous rappelez de la manière dont vous étiez habillé quand vous avez rencontré votre femme ?

Oui, très bien. Une veste beige, un chino bleu, une paire d’Alden…


D’après vous, les garçons s’habillent tous un peu de la même manière à Paris ?

On a construit une mythologie du look “à la Parisienne”. Le jean A.P.C usé, le pull bleu marine, la veste workwear, avec de baskets blanches… En soi, pourquoi pas ? Le problème est que ce look est devenu une norme. Tout le monde s’habille pareil. Par flemme ? Confort ? La France a toujours été un pays de mode féminine. On a révolutionné tellement de fois la mode féminine. La mode masculine est moins notre sujet. Peut-être parce qu’on a coupé la tête de ces Rois qui passaient leur temps à s’habiller, à se poudrer… Les Anglais ont un style précis, très inspiré du militaire, rigide. Les Italiens sont plus fluides et flamboyants. Les Américains restent très influencés par l’Ivy League, le preppy... Mais le look français ? On est certainement à la croisée de tout ça. Mais il ne faudrait pas transformer ce style en un simple uniforme.


Quelle est la première belle pièce que vous vous êtes achetée ?